Les chiffres sont têtus : en Mongolie, la scolarité reste obligatoire jusqu’à 16 ans, partout, pour tous, y compris pour les enfants qui grandissent sous la yourte et suivent les troupeaux à travers l’immensité des steppes. Pourtant, la réalité sur le terrain dessine un tableau tout en contrastes. Selon la saison ou la distance parcourue lors des transhumances, la présence à l’école se fait variable, parfois précaire.
Pour tenter de garantir l’accès à l’enseignement, des internats dédiés accueillent les enfants nomades durant l’année scolaire. Mais la séparation d’avec la famille, ajoutée à des conditions matérielles souvent modestes, complique ce parcours. L’école publique est officiellement gratuite, mais les frais annexes et la géographie bousculent l’idéal d’égalité des chances. Le droit à l’éducation se heurte, ici, à la rudesse du terrain et aux contraintes d’un mode de vie ancestral.
Le système éducatif en Mongolie : entre héritage et modernité
Ce qui frappe d’abord, c’est la façon dont le système éducatif mongol s’appuie sur son passé tout en embrassant les défis du présent. Héritier de l’époque soviétique, il s’est réinventé autour d’un principe fédérateur : la langue mongole, ciment d’une identité nationale partagée. Le ministère de l’Éducation, épaulé par la Banque mondiale et une poignée de partenaires étrangers, a fait évoluer la structure du système pour l’aligner sur les standards internationaux. L’exemple du partenariat avec Cambridge, qui a permis d’actualiser les programmes, illustre cette dynamique de modernisation.
Dans les centres urbains, les écoles publiques et privées se déploient sous le regard de l’université nationale de Mongolie, responsable de la formation des enseignants. Les élèves suivent un cursus mêlant disciplines classiques et ouverture sur les enjeux contemporains, notamment dans les champs scientifiques et culturels. Pourtant, le fossé demeure net entre villes et campagnes : l’accès à l’éducation, hors des grandes agglomérations, reste semé d’obstacles.
Voici les fondations principales du système éducatif mongol :
- Histoire : système inspiré du modèle soviétique, adapté aux réalités d’un pays pastoral.
- Langue mongole : fil conducteur, de la petite enfance jusqu’à l’université.
- Réformes : ouverture à des programmes internationaux, diversification des parcours scolaires.
La science et la culture prennent désormais une place de choix, portées par une jeunesse curieuse et des éducateurs formés selon de nouvelles méthodes. Tout l’enjeu consiste à préserver le lien avec l’héritage national, sans freiner l’ouverture ni l’adaptation nécessaires à une Mongolie en plein essor.
Comment les enfants nomades accèdent-ils à l’école ?
Au cœur de la steppe, la scolarisation des enfants de familles nomades s’inscrit dans un équilibre délicat entre déplacements et apprentissages. L’élevage, la mobilité, le calendrier imposé par la nature structurent la vie de milliers de foyers. Les distances sont considérables, les routes rarement goudronnées, les écoles éparpillées. Pourtant, la volonté de permettre à chaque enfant d’accéder à une éducation digne de ce nom est bien réelle. Le gouvernement, l’UNICEF, l’UNESCO et d’autres partenaires comme la Banque asiatique de développement conjuguent leurs efforts pour proposer des solutions adaptées.
Deux approches complémentaires se sont imposées :
- Internats : ces structures accueillent les élèves venus de loin, qui peuvent ainsi rester sur place les jours de classe.
- Enseignement à distance : pensé pour s’ajuster au rythme imposé par les déplacements, il s’appuie sur la radio, la télévision ou des outils numériques quand cela est possible.
À Oulan-Bator, certaines écoles développent aussi des dispositifs spécifiques pour accueillir les enfants de familles nomades, facilitant leur adaptation à la vie scolaire plus formelle. Ce maillage de solutions témoigne d’une volonté d’inclure tous les élèves, quelle que soit leur situation géographique. Les défis liés à la mobilité restent entiers, mais l’appui d’organisations internationales redessine progressivement le visage de l’éducation mongole, avec l’ambition de ne laisser aucun enfant sur le bas-côté.
Défis quotidiens : mobilité, éloignement et maintien de la scolarisation
Pour les familles nomades, chaque saison impose ses règles. L’hiver, il faut protéger les bêtes du froid ; l’été, partir à la recherche de nouveaux pâturages. Cette mobilité constante fragilise la scolarisation. Les écoles sont parfois situées à des dizaines de kilomètres, les transports publics sont rares. Certains enfants participent activement à la vie du foyer, ce qui empiète inévitablement sur le temps consacré à l’école.
Quelques exemples concrets illustrent ces obstacles :
- Le campement familial peut se trouver à plus de vingt kilomètres de la première école primaire accessible.
- Durant la pandémie de Covid-19, la fermeture des classes a obligé le recours à l’enseignement à distance, mais l’accès au numérique reste très inégal dans les zones rurales.
- Le manque de ressources financières pèse lourd : sans moyen de transport ou possibilité d’internat, la scolarisation s’interrompt souvent prématurément.
Les enseignants des campagnes doivent, eux aussi, s’adapter. Certains organisent des sessions itinérantes, se déplaçant sur la steppe pour rejoindre les familles. D’autres privilégient des supports papier ou radio, plus faciles d’accès dans ces régions. Malgré ces efforts, les chiffres témoignent d’un décrochage marqué au collège, surtout parmi les enfants d’éleveurs. Les institutions publiques cherchent sans relâche à trouver des formules conciliant respect du mode de vie nomade et continuité de l’apprentissage.
Vers une éducation inclusive : initiatives et espoirs pour les familles nomades
La question de l’éducation pour les enfants nomades s’impose désormais dans l’agenda national. Les autorités mongoles, épaulées par l’Unesco, la Banque mondiale ou des ONG de terrain, multiplient les initiatives. L’objectif est limpide : que chaque enfant puisse apprendre, quelle que soit la vie menée par ses parents.
Dans les steppes, des écoles mobiles installées sous la yourte suivent le rythme des migrations. Ces classes itinérantes offrent aux enfants la possibilité de poursuivre leurs études sans quitter leur famille. Certains programmes s’appuient sur la langue mongole orale, mettent en avant la culture pastorale, tout en respectant les contenus du programme national. Ce modèle hybride séduit de plus en plus de familles nomades, car il s’inscrit dans leur réalité.
Pour les plus âgés, des bourses et prêts étudiants encouragent la poursuite de la scolarité en internat, à Oulan-Bator ou dans les centres provinciaux. La mobilisation de la société civile permet aussi d’équiper les enfants en fournitures et d’aider leurs familles à naviguer les démarches administratives parfois complexes.
Un constat s’impose : c’est en misant sur la solidarité entre institutions publiques et acteurs internationaux que la Mongolie parvient à réinventer une école inclusive, fidèle à sa culture et attentive à ses évolutions. Les défis restent multiples, mais la dynamique est lancée. Au fil des steppes, une nouvelle génération d’enfants nomades trace sa route vers le savoir, là où hier encore la distance semblait infranchissable.


