À Venise, la transmission d’une licence de gondolier suit des règles strictes, souvent réservées à la famille, tandis que la propriété des gondoles obéit à d’autres logiques. Contrairement à une croyance répandue, bon nombre de gondoliers n’acquièrent jamais leur embarcation en propre.
L’investissement financier nécessaire, les contraintes réglementaires et des traditions séculaires façonnent ce fonctionnement. Certains opèrent sur des bateaux loués ou en copropriété, tandis qu’une minorité détient l’intégralité du navire. Ce système, unique à la lagune, continue de susciter des débats parmi les professionnels du secteur.
La gondole, emblème intemporel de Venise et de sa lagune
Depuis le xvie siècle, la gondole incarne l’âme de Venise. Ce bateau noir et fuselé glisse sur le Grand Canal et dans les méandres de la lagune comme une signature de la ville, reconnaissable entre mille. À l’époque de la République de Venise, on en croisait par milliers. Aujourd’hui, elles sont quelques centaines à sillonner les eaux, sans rien céder de leur prestige.
La gondole venise dépasse la simple fonction de transport. Elle incarne un savoir-faire vénitien transmis de génération en génération. Son asymétrie, la proue ornée du ferro, la pureté de ses lignes : tout signale des siècles d’adaptation aux besoins des Vénitiens. Jadis, les familles patriciennes exhibaient l’opulence de leurs embarcations ; aujourd’hui, le noir s’impose par ordonnance du xviie siècle, réaffirmant la sobriété comme marqueur social.
Pour prendre la mesure de son rôle, voici quelques aspects essentiels :
- Symbole de la ville de Venise : la gondole reste indissociable du paysage urbain.
- Outil de travail des gondoliers : elle structure la vie quotidienne et l’économie locale.
- Patrimoine vivant : le passage d’une gondole marque la continuité d’une tradition vénitienne unique.
Des quartiers populaires de la Giudecca jusqu’aux rives cossues du Grand Canal, la gondole traverse les siècles, relie les générations et façonne l’histoire de la ville. Elle témoigne de l’ingéniosité des Vénitiens face à la géographie particulière de leur cité, entre terre et lagune.
Secrets de fabrication : matériaux, savoir-faire et traditions autour des gondoles
Dans les squeri, ces chantiers navals à taille humaine, la fabrication d’une gondole impose un rythme lent, loin de l’agitation de la ville. Le choix du bois ne relève pas du hasard : sapin, cerisier, mélèze, orme… Neuf essences différentes composent ce bateau traditionnel à fond plat, chacune remplissant un rôle précis dans la structure.
La construction des bateaux vénitiens réclame une maîtrise affinée. Les artisans, dépositaires d’un héritage imposant, ajustent chaque latte à la main. Le fond plat de la gondole lui permet de se faufiler là où d’autres types de bateaux renonceraient. La forme asymétrique de la coque compense la poussée exercée par le gondolier, résultat d’expérimentations transmises d’atelier en atelier.
Quelques points clés permettent de mieux comprendre la singularité de ce bateau :
- Durée de vie moyenne d’une gondole : autour de quinze ans, à condition d’un entretien soigné.
- La fibre de verre apparaît parfois pour certains éléments, mais le bois reste la référence.
Derrière les portes des squeri navals, la transmission s’opère de maître à apprenti, à l’écart du tumulte touristique. Chaque gondole est unique, façonnée lentement au fil des saisons, dans le respect d’une tradition qui fait la fierté des bateaux vénitiens.
Gondoliers à Venise : propriétaires ou locataires de leur embarcation ?
La gondole représente un engagement financier majeur et un véritable enjeu symbolique. À Venise, rares sont les gondoliers qui accèdent d’emblée à la pleine propriété de leur précieuse embarcation. Le parcours est complexe : obtenir une licence de gondolier délivrée par la ville n’est qu’un début. Reste à acquérir le bateau, chef-d’œuvre des squeri et pièce maîtresse du servizio della città.
Le cadre légal distingue plusieurs situations possibles :
- Certains gondoliers sont propriétaires de leur gondole, souvent par héritage ou après un investissement conséquent.
- D’autres préfèrent la location : ils rejoignent une confrérie ou louent à un vétéran, perpétuant le métier tout en partageant les coûts.
- Une minorité navigue sur des gondoles détenues par des sociétés ou coopératives, notamment pour les Traghetti veneziani qui assurent les traversées du Grand Canal.
Le statut de chaque gondolier à Venise dépend ainsi de son histoire, de ses ressources ou parfois de l’ancrage familial. La gondole est à la fois outil de travail, signe distinctif, et bien soumis à des règles patrimoniales, économiques et administratives strictes. Les pratiques diffèrent, la passion ne faiblit pas.
Explorer Venise autrement : expériences et ressources pour plonger dans la culture des gondoliers
Au-delà de la traditionnelle balade en gondole sur le Grand Canal, Venise réserve d’autres découvertes à ceux qui souhaitent s’immerger dans la culture gondolière. Par exemple, l’association Row Venice propose une initiation à la navigation vénitienne en batela ou en sandolo, des bateaux traditionnels proches de la gondole. On apprend gestes, équilibre et maniement de la rame sur des canaux moins fréquentés, guidé par des passionnés du voga alla veneta.
La régate historique, organisée chaque premier dimanche de septembre, donne à voir une autre facette du patrimoine nautique. Les gondoliers s’affrontent à bord d’embarcations racées, sous les façades des palais du Grand Canal. Cette compétition renoue avec l’esprit des grandes fêtes de la République de Venise.
Pour mieux cerner l’étendue de cet univers, le Museo della Navigazione à Murano expose les secrets des bateaux vénitiens : plans, outils de squeri, modèles réduits, photos anciennes. Les îles de Burano et Torcello, accessibles en vaporetto, perpétuent un mode de vie insulaire très lié à l’eau et à la tradition du transport par bateau. Les ressources de l’Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti, études, conférences, ouvrages bilingues, offrent un autre point d’accès à la culture gondolière pour qui veut aller plus loin.
Venise ne se contente pas de ses clichés : derrière chaque gondole, il y a un monde d’hommes, de femmes, de gestes et d’histoires. Qui sait, la prochaine fois que vous croiserez un gondolier, vous verrez peut-être bien plus qu’un simple rameur…


