Ces adultes qui ne partent qu’en bande !

Partir en tête à tête ? Non merci! Pour de nombreux couples, vacances riment avec apéros à rallonge et parties de tarot. Et si nos vraies motivations étaient ailleurs ?

Les vacances en bande, certains ne peuvent pas s’en passer… « Partir tous ensemble est devenu un rite indéboulonnable, témoigne Sandrine. Chaque année, depuis vingt ans, nous nous retrouvons dans la maison de famille de mon mari, à La Baule. Entre-temps, les enfants ont grandi et certains partent désormais en vacances… avec leurs copains. Un couple s’est séparé, mais le « noyau dur » est resté. Une bouffée d’oxygène que l’on attend toute l’année avec impatience ! »

Comme Sandrine, de plus en plus de Français plébiscitent les vacances entre amis, au détriment des séjours en petit comité ou chez papy et mamie. Selon une étude réalisée par OpinionWay pour SNCF 1 , 65 % d’entre nous ont déjà tenté l’expérience. Un chiffre qui grimpe à 72 % chez les plus de 65 ans et à 70 % chez les 25-34 ans.

Barbecues, randonnées, beach-volley, châteaux de sable géants avec les enfants… si beaucoup aiment tant partir à plusieurs, c’est avant tout (à 64 %) pour partager une ambiance conviviale entre petits et grands, des passions communes, mais aussi la facture (17 %) ! C’est tout ? Pas vraiment, comme l’expliquent nos deux psys…

Cela nous rappelle l’insouciance de notre jeunesse
Qu’on en soit conscient ou non, derrière tout ça, il y a un brin de nostalgie. Et la furieuse envie de retrouver l’ambiance de ces vacances joyeuses entre bandes d’enfants qui fleuraient bon la liberté… et la solidarité, y compris dans les bêtises ! « Les plus grands prenaient en charge les plus petits, se souvient Anne, 45 ans. Et comme les voitures étaient interdites sur l’île de Batz, les parents nous surveillaient de loin. Ce qui ne nous empêchait pas de glisser malicieusement des pétards dans les bouses de vache ou de faire des blagues au téléphone ! » Puis, en grandissant, est venu le temps du camping avec les copains de fac, des mésaventures d’auto-stop, du voyage sac au dos, avec ses crises de fous rires et ses galères qui rapprochent. Pourquoi faudrait-il dire adieu à toutes ces parenthèses enchantées une fois que l’on a trouvé sa moitié ? « Les vacances entre potes conservent ce côté ludique et parfois régressif, commente Alain Héril, psychanalyste, sexothérapeute et auteur de Dans la tête des hommes (2) .

Un moment où on peut « se lâcher » vraiment, oublier ses tracas quotidiens et surtout son rôle social : bombes dans la piscine, concours de fléchettes… Et, à plusieurs, il y a un effet d’entraînement. On peut lire, dans cette quête du paradis perdu, un refus de vieillir. »

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Vive le modèle parental… ou l’inverse !
Pour le Dr Sylvie Angel, psychiatre et thérapeute familiale, auteure de Réfléchissez avant de divorcer !3, ce choix de vacances, quand il est systématique, est très souvent influencé par les parents. « Il peut s’agir d’une tradition familiale solidement ancrée. De même que les fêtes de fin d’année se partagent entre la famille [Noël] et les amis [Saint-Sylvestre], certains couples considèrent l’été comme le temps des copains, un moment sacré. Je connais un couple qui, tous les ans, fête Noël entre amis la semaine du 14 Juillet, réservant Noël, la Toussaint ou Pâques à sa famille et à sa belle-famille. » Et quand on a toujours vu ses parents se réjouir à l’idée de partir en vacances à plusieurs, ça donne envie de faire pareil plus tard ! « A l’inverse, si on a passé une enfance trop solitaire, si le clan familial fonctionnait sur un mode fermé et autarcique, ou si nos parents subissaient leur (belle-)famille, on va sans doute chercher à compenser dans sa vie d’adulte, en organisant des vacances en tribu », précise la spécialiste.

Maris, femmes, enfants, chacun y trouve son compte
Les enfants ont leurs copains… et nous, les nôtres. « Quand les gosses s’éclatent, nous, au moins, on est tranquilles et c’est vraiment du repos, avoue Nadia, 37 ans.
Du reste, ce sont eux qui commencent à nous mettre la pression dès la fin des vacances pour repartir tous ensemble l’été suivant ! » Souvent, ce sont les femmes qui, au départ, ont été les initiatrices de ces rendez-vous annuels. « C’est presque le seul moment, à part un week-end ou deux qu’on se réserve dans l’année entre copines, où je peux retrouver mon amie d’enfance : elle habite à Caen et moi à Toulouse. Pendant les parties de pêche de ces messieurs – nos maris et ses deux frères, éternels célibataires –, on se raconte notre année : notre promotion, le bac de l’aîné, les escapades de la seconde… Bref, on se fait le résumé des épisodes précédents », raconte Karine, 48 ans.

Quant aux hommes, « ils apprécient de « faire bande », observe Alain Héril. Toute l’année, ils sont nombreux à être dans une logique de défi, de compétition. Les vacances représentent pour eux le moment où les tensions s’apaisent, où les relations entre hommes deviennent plus fraternelles, où ils osent le contact physique : accolades, batailles dans l’eau… »

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Nos amis, ce sont comme des frères et sœurs… en mieux
Partir en famille, à plusieurs générations, n’est souvent pas de tout repos. Les « étiquettes » héritées de l’enfance collent à la peau et les rancœurs ressurgissent fréquemment, malgré nos bonnes intentions. « Avec nos amis de cœur, on crée un nouveau clan, soudé par ses rites, ses affinités, ses souvenirs, fait remarquer Sylvie Angel. On se sent accepté pour ce que l’on est, sans pression intergénérationnelle. C’est pourquoi on fantasme souvent sur ce temps de lâcher-prise qui nous ressource. Mais, comme pour toute minisociété, il est rare que le groupe d’amis échappe totalement aux tensions induites par la vie en communauté.

»Les principaux sujets d’embrouille, cités par l’étude réalisée par OpinionWay (par ordre décroissant) ? Les différences de rythme (guerre entre les couche-tôt et les lève-tard), les petites manies, l’argent, les habitudes alimentaires et l’éducation donnée aux enfants. « Sur deux semaines, il y a toujours un ou deux jours avec de l’électricité dans l’air, assure Alain Héril, même quand les amis sont proches et « compatibles ». Naturellement, plus les amis sont fusionnels, plus il y a de possibilités de conflit, mais plus le groupe, extrêmement soudé, fait aussi rempart contre les difficultés du monde extérieur et office de refuge, de cocon protecteur. »

N’empêche ! Pour 85 % des Français, le séjour idéal ne doit pas dépasser les sept jours, sinon c’est trop. Partir avec des amis, c’est bien, revenir en étant toujours amis, c’est encore mieux !

On fuit notre couple… ou on le retrouve
Seulement 7 % (toujours selon l’étude OpinionWay) des couples choisiraient de partir entre amis pour éviter le tête-à-tête. Une minorité… « C’est le cas de ceux qui vont vraiment mal, assure Sylvie Angel.

Ceux-là, généralement, ne se l’avouent pas et préfèrent trouver des échappatoires à un huis clos trop confrontant pour eux. » Pour les autres, qui parviennent durant le reste de l’année à se ménager des bulles d’intimité, il s’agit moins de se fuir que de vivre « autre chose ». « Ces vacances collectives donnent l’occasion d’expérimenter à deux une autre forme de partage, de connivence, mais aussi de s’initier à d’autres comportements, confirme Sylvie Angel. Devant les amis, on apprend à se modérer. Parfois même, on peut s’inspirer d’eux : expression de la tendresse, résolution de conflits… » Nos amis peuvent enfin servir de confidents ou de médiateurs, facilitant la prise de conscience ou le dialogue.

Les 5 commandements de séjours en bande
• Prendre le temps (au moins avant le départ) d’interroger son conjoint sur ses besoins, ses envies, qui peuvent évoluer d’une année sur l’autre. A éviter : faire comme si les choses étaient évidentes ! Selon Sylvie Angel, le choix des vacances demeure l’un des principaux motifs de séparation (« Depuis des années, tu m’as imposé tes amis… Aujourd’hui, j’ai décidé que tout ça était fini ! »)

• Préférer les amis de longue date à ceux rencontrés en vacances. Avec eux, on fonctionne parfaitement (intendance, enfants, affinités…) et on ne se gêne pas.

• Eviter la promiscuité ! Prévoir plusieurs salles de bains, des chambres suffisamment éloignées, au moins deux voitures… Pour certains, l’idéal, c’est l’option camping, club de vacances ou « chacun sa maison ».

• S’autoriser parfois à faire bande à part, en se réservant des moments seul, à deux, en famille. A bas la tyrannie du groupe !

• Varier de formule d’une année sur l’autre : tester une destination ou une formule de vacances différente, inviter d’autres amis, pratiquer l’alternance (une année avec les copains, la suivante avec la famille)… « Le plaisir de se retrouver ne doit comporter aucun caractère obligatoire », met en garde Sylvie Angel.1. Enquête réalisée en mars 2015 par OpinionWay pour le site voyages-sncf.com auprès d’un échantillon représentatif de 1 006 personnes âgées de 18 ans et plus. 2. Payot. 3. Odile Jacob.

Article http://www.femina.fr
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