Malgré l’interdiction de vol en Europe, un avion du régime de Guinée équatoriale se pose à Genève

Comment une compagnie aérienne interdite de vol dans l’Union européenne peut-elle venir se poser régulièrement à Genève ?
Par magie ?
Pas du tout: ce tour de passe-passe aéronautique est rendu possible grâce aux connexions diplomatiques de son propriétaire, un des pires dictateurs et cleptocrates d’Afrique, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, régnant sans partage depuis trente-trois ans sur son minuscule pétro-Etat, la Guinée équatoriale.

Le président et sa famille se sentent bien à Genève, où leurs avions privés vont et viennent depuis Malabo à un rythme effréné, malgré les nombreuses enquêtes pour corruption lancées contre eux en France, aux Etats-Unis et même en Suisse. Le patriarche, son épouse Constancia Nsue Mangue et leur fils Teodorin savent qu’ils seront toujours bien reçus au bout du lac.

Pas comme à Paris ou Washington. En 2011, les Etats-Unis avaient séquestré 70 millions de dollars, une villa à Malibu, un jet privé, une Ferrari et une collection de souvenirs de Michael Jackson appartenant à Teodorin, en raison de soupçons de corruption et de détournement de fonds publics. L’année suivante, à la suite du scandale des «biens mal acquis» révélé par des ONG, la justice française avait à son tour saisi le gigantesque appartement de 4000 mètres carrés des Obiang à l’avenue Foch, avec une collection de voitures de luxe. Tous les frais de ce fastueux train de vie étaient réglés par des sociétés écrans suisses. La France avait adressé une demande d’entraide à la Confédération. La procédure avait duré trois ans, et ni les Obiang ni leurs intermédiaires helvétiques n’avaient été inquiétés.

Les visites du clan Obiang à Genève ne se sont pas arrêtées pour autant. Au contraire. Comme le montrent des recherches de L’Hebdo, les quatre jets privés et les Boeing utilisés par la présidence de Guinée équatoriale résident quasiment en permanence, tour à tour, sur le tarmac de Cointrin. Il y a le Boeing de papa, un beau 737 Utonde portant le sceau de la République, qui s’est posé onze fois à Genève depuis le 1er janvier 2015. Il y a passé en tout 86 jours. Le jet Dassault 900 de Teodorin – il l’aurait reçu pour son anniversaire – a passé 69 jours à Genève, en huit séjours. Un autre Falcon 50, le même modèle que celui séquestré par la justice française en 2012, a passé 83 jours à Cointrin en neuf séjours.

Et ce n’est pas tout. Un autre avion, de ligne cette fois, un gros Boeing 767-306 ER, fait régulièrement la navette entre Malabo et Genève. Selon nos informations, il aurait notamment été utilisé à l’occasion par Madame pour venir se soigner en Suisse. L’avion porte les couleurs d’une compagnie civile équato-guinéenne, CEIBA Intercontinental.

Problème: cette compagnie figure sur la liste noire de l’Union européenne depuis 2012. Celle-ci interdit l’entrée dans l’espace aérien européen aux compagnies qui «continuent d’opérer dans des conditions qui se situent en deçà des niveaux de sécurité essentiels et reconnus au niveau international». Environ 200 compagnies y figurent, principalement africaines et asiatiques. Le Boeing 767 de CEIBA Intercontinental s’est posé cinq fois à Genève entre le 1er janvier 2015 et le 21 février 2016, date de sa dernière escale. Il a passé 51 jours en tout sur le tarmac.

L’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) explique ainsi cette curieuse situation: «Les compagnies qui sont sur la blacklist de l’Union européenne ne peuvent en effet pas atterrir en Suisse en tant que compagnie commerciale, confirme Martine Reymond, sa porte-parole. En revanche, préciset-elle, un pays peut demander à l’OFAC une autorisation diplomatique pour un vol d’Etat, ce qui a été le cas pour les vols en question.»

Une justice «attentiste»

Enquêtes internationales? Soupçons de corruption? Standards de sécurité aérienne inadaptés? Peu importe donc: aux yeux de la Suisse, les Obiang et leurs avions peuvent continuer de se poser à Cointrin, avec tapis rouge diplomatique en bonus. Pour la Déclaration de Berne, une des ONG qui avaient contribué à dénoncer le scandale des «biens mal acquis» en 2011 et 2012, la pilule est amère: «Le provincialisme, ou plutôt l’attentisme des autorités judiciaires suisses face au régime de la Guinée équatoriale, a de quoi indisposer, dénonce son responsable, Olivier Longchamp.

Malgré le rôle central de la Suisse dans cette affaire, le Ministère public fédéral n’a pas jugé opportun d’ouvrir sa propre instruction sur les fonds qui ont transité par la Suisse. Absence de sanctions, lenteurs, silence… A part les déclarations de circonstance, aucun signal crédible n’est envoyé pour montrer que ce grave type de criminalité économique est pris au sérieux et combattu efficacement en Suisse. Cela n’a aucun effet dissuasif, ni sur les intermédiaires financiers ni sur les criminels.»

Le 15 décembre dernier, la Cour de cassation de Paris a rejeté le recours du fils, Teodorin Obiang, qui invoquait son immunité en tant que deuxième vice-président de son pays. Les juges décideront prochainement de le renvoyer ou non en correctionnelle, ce qui ouvrirait la voie au premier procès des «biens mal acquis» en France. En attendant, son imposant jet Dassault 900 sera toujours le bienvenu à Cointrin.

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