L’hôtellerie suisse doit-elle revoir son modèle économique ?

Quoi faire, alors que le nombre de nuitées dans l’hôtellerie suisse de montagne va encore reculer cette saison d’hiver de 1 à 4%, comme l’a prédit ce week-end le directeur de Suisse Tourisme, Jürg Schmid? La solution ne semble pas passer uniquement par la très importante campagne de marketing orchestrée justement par Suisse Tourisme. Elle coûtera au contribuable la bagatelle de 220 millions de francs sur quatre ans afin de stabiliser la demande. «Les touristes de la classe moyenne allemande et japonaise ne peuvent plus se payer les prix suisses», et cela ne changera pas à coups de millions, a commenté à ce propos ce mardi Philippe Frutiger, directeur du groupe hôtelier Giardino Group, lors d’une conférence organisée par le réviseur KPMG.

Il a bon dos le franc fort

Peter Vollmer,vice-président de Suisse Tourisme, va dans le même sens: «Contrairement à ce qui est dit, le franc fort n’est pas la cause première des problèmes du tourisme suisse, et ce programme de promotion n’est pas inutile, mais il ne résout pas la question de base.»
Si les millions déboursés par la Confédération ne semblent pas être la panacée, c’est parce que le tourisme suisse souffre d’une «multitude d’acteurs, près de 25 000 PME, incapables de coopérer, alors que cela leur permettrait d’être véritablement innovantes si elles le faisaient», a poursuivi le vice-président.

Cette incapacité a des racines profondes: «Elle est liée à la mentalité des exploitants, qui pensent en termes de familles, et de clans, et n’arrivent pas à se regrouper.»

La Suisse compte «aussi un nombre beaucoup trop important d’hôtels impersonnels, classés trois étoiles, qui arrivent juste à maintenir la tête hors de l’eau parce que toute la famille est sur le pont, pratiquement nuit et jour.» Ce modèle d’affaire est d’autant plus remis en question que la mise en œuvre de l’initiative sur les résidences secondaires «va empêcher ces hôteliers de montagne de tirer un profit de leurs investissements dans leur hôtel en le transformant en logement s’il n’est plus adapté à la situation», a poursuivi Philippe Frutiger.

Dans ce cadre-là, la «loi du marché» est en train de faire une partie du travail toute seul en faisant disparaître ces établissements pas assez adaptés. «Les banqueroutes d’établissements hôteliers sont en hausse car, dans bien des cas, quand nous sommes approchés pour vendre un établissement, nous constatons souvent qu’il n’existe plus de substance et qu’il faut cesser l’acti vité», a confirmé Patrik Kerler, directeur de fusion et acquisitions auprès de KPMG Suisse.

Des économies fragiles

Mais attention à ne pas déstabiliser toute une région. «Quand une remontée mécanique est par exemple touchée alors qu’un grand nombre d’entre elles ne sont pas rentables, il faut parfois éviter par tous les moyens de la fermer, car sinon c’est une tragédie qui emporte avec elle un nombre très important d’autres acteurs», a pourtant souligné le vice-président de Suisse Tourisme. Pourtant, «il faut aussi éviter que la branche du tourisme adopte l’attitude de l’agriculture suisse en demandant toujours plus de privilèges».
Philippe Frutiger, directeur du groupe Giordino, indiquait en effet que «la branche souffre d’une surréglementation qui l’empêche d’acheter meilleur marché de la viande et des légumes par exemple en Italie, ainsi que d’embaucher des travailleurs frontaliers Italiens 20% moins chers que des Suisses.»

Le segment du luxe souffre de la fin de l’évasion fiscale

Son collègue du groupe Giordino, lui, préconise la spécialisation dans le luxe. Mais là aussi, ce n’est pas la panacée, car «les temps sont bien finis où les supers riches dépensaient sans compter leurs millions non déclarés dans les hôtels de luxe suisses, la branche est aussi touchée de plein fouet par la fin de l’évasion fiscale», a-t-il souligné.

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